Les zones d'incertitude et les zones de contrainte

1. La zone d'incertitude

Lorsque je conduis, je dois imaginer comment une situation peut évoluer d'ici à ce que j'arrive à son niveau.

Par exemple, un piéton de dos, comme sur la photo, devrait normalement continuer dans la même direction. Mais je dois anticiper dans ce cas qu'il peut :
- commencer à traverser,
- faire un écart sur la gauche,
- et pourquoi pas faire demi-tour.

La surface dans laquelle il peut évoluer s'appelle la ZONE D'INCERTITUDE.

Elle dépend :
- de l'usager,
- de ce qu'il voit (selon s'il est de face ou de dos par exemple),
- de la perception qu'il a du danger (selon son âge, son expérience),
- de ce qui se trouve autour de lui,
- de sa vitesse et de sa capacité d'accélération,
- du temps qu'il me faudra pour qu'il ne me concerne plus (ici, que je l'aie dépassé).

2. Piéton

Par exemple, un piéton est très maniable, mais pas très rapide et capable d'accélérations limitées (surtout s'il est âgé). D'autre part, ce qu'il perçoit de son environnement (à condition qu'il me regarde) devrait limiter toute prise de risque de sa part.

Un piéton immobile conserve une zone d'incertitude : il peut très bien se remettre à marcher (traverser par exemple), voire pivoter et se mettre immédiatement en déplacement. Dans n'importe quel sens.

Un enfant, plus vif et plus spontané, moins réfléchi, présente une zone d'incertitude importante, tout autour de lui.

3. Les animaux

Un animal (un chien par exemple) présente lui aussi une zone d'incertitude importante autour de lui.

4. Autre exemple

Autre exemple : un cycliste, pourtant bien à droite, peut à tout moment :
- perdre l'équilibre et chuter,
- être gêné ou surpris et faire un écart,
- changer de direction brutalement (et sans regarder).

La zone d'incertitude se trouve donc devant lui (un vélo ne peut pas reculer), et sur les côtés (ici, plutôt du côté gauche).

Une moto a une zone d'incertitude plus grande :
- elle peut accélérer fort (même si elle est à l'arrêt),
- elle peut aller vite,
- elle est très maniable (changer de direction rapidement).

C'est la raison pour laquelle je dois laisser AU MINIMUM 1 mètre d'espace latéral avec les piétons et les "deux-roues" en agglomération ; 1,50 m MINIMUM hors agglomération. (Davantage si c'est possible, notamment s'il y a des enfants, imprévisibles par nature).

5. Zone de contrainte

Une voiture, même stationnée, conserve une zone de contrainte :
- son conducteur peut décider (imprudemment) de quitter son stationnement,
- un occupant peut ouvrir une portière puis descendre du véhicule (un enfant par exemple).

6. Ma propre surface de contrainte

Ma surface de contrainte, c'est la zone dans laquelle il me sera difficile, voire impossible d'éviter un accident. Soit parce que je n'aurai pas le temps de réagir, soit parce que ma voiture n'aura pas la possibilité de l'éviter (distance de freinage trop longue, évitement avec le volant impossible...).

Plus je vais vite, plus cette surface de contrainte est grande : plus il me faut de place pour réagir, puis pour m'arrêter, et moins je peux dévier la trajectoire de ma voiture.

7. Zone d'incertitude et surface de contrainte

Si la zone d'incertitude d'un usager chevauche ma surface de contrainte, il y a un risque d'accident.

Pour l'éviter, selon les situations, je peux :
- m'éloigner de la zone d'incertitude (si c'est possible),
- réduire ma vitesse (c'est toujours possible),
- me préparer à freiner fort (surveiller derrière et mettre le pied droit au-dessus du frein),
- combiner plusieurs, voire toutes ces actions en même temps.

A cela, je peux éventuellement ajouter le klaxon si l'autre usager ne m'a pas vu. Mais le klaxon ne doit pas être ma seule action, ni même la première que je mets en oeuvre.

8. La surface de contrainte des autres usagers

De mon côté, je dois à tout prix éviter de me trouver dans la surface de contrainte d'un autre usager. Par exemple, en freinant très fort alors que je suis suivi d'un peu près (surtout si c'est un véhicule lourd, qui a une grande surface de contrainte en raison de son poids et de son gabarit).

9. Autre exemple

Autre exemple, en étant trop près d'un véhicule encombrant qui change de direction (qui a besoin de beaucoup de place, et dont le conducteur ne me voit pas forcément en raison des angles morts induits par ce type de véhicule). Parfois, ces véhicules ont besoin de déborder de leur voie de circulation, jusqu'à empiéter temporairement sur une autre voie.

10. Eléments extérieurs

Par ailleurs, je dois avoir conscience que certains éléments extérieurs peuvent augmenter les zones de contraintes. Par exemple, si la route est glissante.
Ici, le camion qui me suit aurait peu de marge de manoeuvre s'il devait m'éviter !

Pour résumer : je dois essayer de ne pas surprendre un autre usager (même si c'est totalement involontaire).

11. Anticiper

Je dois donc conduire en analysant sans cesse :
- les différents éléments d'une situation,
- ce que voient les autres usagers (et ce qu'ils ne voient pas),
- l'évolution possible de la situation, ce qui est possible, ce qui est probable,

Tout ça en tenant compte de mes contraintes et des contraintes des autres usagers. Puis je dois décider rapidement de la meilleure façon de m'y adapter.

12. Se méfier de soi-même

Attention aux suppositions que je pourrais faire. Par exemple "il m'a vu donc il va me laisser passer" : mon point de vue n'est pas forcément celui de l'autre usager, surtout si celui-ci est distrait ou qu'il a mal analysé la situation (la distance, les vitesses).

Mon pari qu'il ne s'engagera pas peut s'avérer risqué...